07-12-2016

SANTÉ PUBLIQUE FRANCE s'auto-congratule dès sa première publication

Une étude sur les polluants chimiques environnementaux imprégnés dans le corps des femmes enceintes (menée en 2011 par l'"Institut de Veille Sanitaire" et publiée -cinq ans après- par l'agence "Santé Publique France") sous le titre "Exposition des femmes enceintes françaises aux polluants de l'environnement - Tome 1 : les polluants organiques" confirme que les femmes enceintes en France en 2011 n'avaient toujours pas échappé aux méfaits de la pollution de l'environnement par les composés chimiques organiques toxiques résultant des activités industrielles de l'Homme. 

Le corps de la quasi-totalité des femmes ayant accouché en 2011 et participé à cette étude était en effet imprégné de quantités mesurables de polluants organiques, tels que bisphénol A, phthalates, pesticides, dioxines, retardateurs de flamme et composés perfluorés, qui sont des perturbateurs endocriniens et, pour certains, cancérigènes avérés ou suspectés.   

Une présentation fallacieuse du document dit de "Synthèse"

La récente annonce de la publication des deux documents référencés ci-dessous méritait d'être saluée au titre de première intervention publique de la "jeune" ANSP Agence Nationale de Santé Publique (créée par ordonnance le 1 mai 2016 et qui se présente maintenant plus volontiers sous le nom "Santé Publique France").Toutefois, un examen attentif des deux documents publiés le 07-12-2016 :

  • synthèse des résultats (12 pages)
  • rapport complet des résultats (232 pages)

révèle une présentation fallacieuse du document intitulé "synthèse des résultats" susceptible de tromper le lecteur non-averti sur :

  • le caractère novateur des travaux
  • l'ampleur véritable de l'étude  
  • la validité statistique des conclusions tirées.

Vérifications faites à partir du rapport complet (ci-dessous en italiques), force est en effet de constater que l'effet d'annonce de la phrase du document de synthèse : "un volet périnatal s'appuyant sur un sous-échantillon de 4145 femmes enceintes ayant accouché en 2011 en France"  ne trouve aucune justification scientifique dans le rapport complet.

Le cumul arithmétique de chiffres rattachés à cinq (5) études distinctes datant de 2011 :

  • bisphénol A : 1764 femmes enceintes
  • phthalates : 989 femmes enceintes
  • pesticides : 1077 femmes enceintes
  • dioxines, furanes & PCB : 208 femmes enceintes (*)
  • retardateurs bromés & composés perfluorés : 277 femmes enceintes (*)

pour lesquelles la version complète du rapport ne précise aucune date ou période de prélèvement et indique même que deux d'entre elles (*) sont "non-représentatives des femmes enceintes ayant accouché en France en 2011", est en effet aussi absurde qu'approximatif. 

Extraits simplifiés du rapport biosurveillance (232 pages).

Le volet périnatal du programme national de biosurveillance a permis de décrire pour la première fois l’imprégnation des femmes enceintes françaises par certains polluants organiques de l’environnement et de quantifier, lorsque cela était possible, les déterminants de ces niveaux d’imprégnation.

Les résultats de cette étude montrent que le bisphénol A, les phtalates, les pyréthrinoïdes (famille d’insecticides), les dioxines, les furanes, les PCB, les retardateurs de flamme et les composés perfluorés sont mesurés à des niveaux de concentrations quantifiables chez près de la totalité des femmes enceintes. (....)

En raison de la variabilité au cours de la journée des concentrations biologiques de biomarqueurs à demi-vie courte, il n’est pas possible d’exclure un risque d’erreur dans l’estimation individuelle de l’exposition réelle à certains polluants (BPA, phtalates, pesticides) et dans la quantification des facteurs d’exposition à ces substances.(....)

Afin de s’affranchir des effets de ces évolutions circadiennes, il serait nécessaire de réaliser un recueil homogène des prélèvements biologiques (premières urines du matin et prise de sang à jeun par exemple).

Le recueil d’informations sur les sources d’exposition alimentaire et les comportements suspectés d’être exposants au cours des heures ayant précédé le prélèvement serait également nécessaire. (....)

L’analyse approfondie des résultats produits dans le volet périnatal fera l’objet d’un Tome 3 qui permettra de fournir des éléments d’aide à la décision aux acteurs de santé publique notamment en contribuant à établir des recommandations relatives aux sur-imprégnations constatées par les pyréthrinoïdes et les PCB.

Bisphénol A

(NLDR : imprégnation mesurée par dosage urinaire chez un échantillon de 1764 femmes enceintes).

Le BPA total a été quantifié (concentration supérieure à la limite de quantification) chez plus de 70 % des femmes, confirmant ainsi l’omniprésence de cette substance dans l’environnement.

La moyenne géométrique des niveaux d’imprégnation des femmes enceintes par le BPA total est égale à 0,69 μg/L (....).

Aucune des femmes ne dépasse la valeur seuil HBM-I de 200 μg/L (....).

(....) l’imprégnation des femmes enceintes par le BPA augmente avec la consommation d’aliments susceptibles d’avoir été en contact avec des matières plastiques ou des résines contenant du BPA (aliments pré-emballés dans du plastique ou en boîtes de conserve, vin, eau en bouteille ou en bonbonne) (....) la présence de linoléum au domicile et l’utilisation prolongée de la télévision.

(....) le fait d’accoucher par césarienne est associé à des niveaux d’imprégnation par le BPA plus élevés qui pourraient en partie être liés à une exposition récente et ponctuelle au BPA contenu dans le matériel médical utilisé lors de ce type d’accouchement (perfusion, sonde urinaire, etc.).

Phthalates

(NDLR: imprégnation mesurée par dosage urinaire chez un échantillon de 989 femmes enceintes).

(....) 99,6 % présentaient des niveaux de concentrations quantifiables pour au moins un métabolite de phtalate.

Ce résultat démontre que, malgré les restrictions d’usages de certains phtalates, ceux-ci sont omniprésents dans l’environnement et les produits de consommation courante.

Les concentrations moyennes sont égales à 7,4 μg/L pour les métabolites du DEHP et à 11,0 μg/L pour les métabolites du DINP (deux phtalates utilisés dans le PVC).

Les concentrations les plus élevées sont mesurées pour le métabolite du DEP (phtalate utilisé dans les cosmétiques et produits d’hygiène) ; la concentration moyenne étant égale à 35,4 μg/L .

Parmi les 989 femmes enceintes, 16 dépassent le seuil HBM-I de 300 μg/L, défini comme niveau de contrôle chez les femmes en âge de procréer.

(....) l’imprégnation des femmes enceintes par les phtalates augmente avec la consommation d’aliments riches en matières grasses susceptibles d’avoir été en contact avec des matériaux contenant des phtalates (crème fraîche, glaces, entremets, etc.) (....) avec l’utilisation de produits d’hygiène (cosmétiques, soins pour les cheveux et produits ménagers) et de peinture pendant la grossesse. (....)

Pesticides

(NDLR: imprégnation mesurée par dosage urinaire chez un échantillon de 1077 femmes enceintes).

(.../...) l’imprégnation par certains herbicides (l’atrazine et le glyphosate), insecticides et antiparasitaires (propoxur, pesticides organophosphorés, chlorophénols et pyréthrinoïdes) a été mesurée par dosage urinaire (.../...).

Ces pesticides ont été rarement mesurés à un niveau de concentration quantifiable, à l’exception des pyréthrinoïdes qui étaient quantifiés chez près de 100 % des femmes enceintes.

- Les résultats montrent que :

* la concentration moyenne est égale 1,18 μg/L pour la somme des pyréthrinoïdes

* une mère sur deux présente un niveau quantifiable pour au moins un métabolite de pesticides organophosphorés

* environ une mère sur cinq présente un niveau quantifiable de propoxur ou de son métabolite, le 2-isopropoxyphénol (....)

* près d’une mère sur dix présente un niveau quantifiable pour au moins un biomarqueur de chlorophénols

* moins de 1 % des femmes enceintes présente un niveau quantifiable d’herbicides (atrazine et ses métabolites, le glyphosate et son métabolite).

* aucune mère ne dépasse le seuil sanitaire de 40 μg/L défini pour le pentachlorophénol (.../...), au-dessus duquel, selon les connaissances actuelles, il existe un risque d’effets sur la santé.

(.../...) comparativement aux États-Unis, il existe une sur-imprégnation des femmes enceintes par les pyréthrinoïdes en France (...) avait également été mise en évidence en 2007, dans l’étude ENNS.

Les résultats (.../...) montrent que l’imprégnation des femmes enceintes par les pyréthrinoïdes (seule famille de pesticides fréquemment retrouvée) augmente avec les usages domestiques de pesticides (insecticides, anti-poux et anti-puces), la consommation de tabac et d’alcool.

(.../...)

Dioxines, furanes, PCB

(NDLR : imprégnation mesurée par dosage sérique chez un échantillon de 208 femmes enceintes - non représentatif des femmes enceintes ayant accouché en France continentale en 2011).

(....) La totalité d’entre elles présentait un niveau de concentration quantifiable pour au moins une de ces substances.

La concentration sérique moyenne totale de dioxines, furanes et PCB dioxin-like est de 9,1 ng/g de lipides.

(....)

Aucune des femmes enceintes (...) ne dépasse le seuil sanitaire critique de 700 ng/g lipides, développée pour les femmes enceintes, au-dessus duquel il existe un risque d’effet néfaste sur le développement neurologique et psychomoteur de l’enfant à naître. (.../...)

Retardateurs de flamme bromés

(NDLR : imprégnation mesurée par dosage sérique chez un échantillon de 277 femmes enceintes - non-représentatif des femmes enceintes ayant accouché en France continentale en 2011)

Les retardateurs de flamme étudiés (....) sont (....) PBDE, HBCD et PBB.

La quasi-totalité de ces femmes enceintes étaient exposées à au moins un retardateur de flamme à un niveau de concentration quantifiable.

La moyenne géométrique de la concentration sérique totale des PBDE est égale à (....) 27,2 ng/L (....).

La concentration moyenne la plus élevée est observée pour le BDE 209 (....), plus de 50 % du niveau d’imprégnation total par les PBDE. (....)

Composés perfluorés

(NDLR : imprégnation mesurée par dosage sérique chez un échantillon de 277 femmes enceintes - non-représentatif des femmes enceintes ayant accouché en France continentale en 2011)

Chez toutes les femmes dosées, au moins un composé perfluoré était présent à un niveau de concentration quantifiable.

La concentration moyenne pour l’ensemble de ces composés est égale à 7,7 μg/L (....).

Parmi les 17 composés perfluorés étudiés, le PFOS, le PFOA, le PFHxS, le PFNA et le PFDA présentent à la fois les taux de quantification et les niveaux de concentration les plus élevés ; ils contribuent à eux seuls à près de 80 % de l’imprégnation totale par les composés perfluorés. (....) 

Conclusion

Il est donc aujourd'hui universellement reconnu que l’exposition d'un enfant à naître pendant la période critique de sa gestation aux polluants chimiques rejetés dans l'environnement par les activités industrielles de l'Homme et accumulés dans le corps de chaque femme entre sa date de naissance et celle de son accouchement, se répercute irrémédiablement et simultanément sur : 

  • l'issue de la grossesse de la mère (prématurité, malformations congénitales, diminution du poids de naissance) 
  • le développement et la santé ultérieurs de l’enfant (atteintes du système reproducteur, du métabolisme, du développement psychomoteur et intellectuel et augmentation du risque de cancers). 

Avis

Simple concaténation de travaux scientifiques hétéroclites anciens, les conclusions de l'agence "Santé Publique France" dans son document intitulé "Synthèse des résultats" du Tome 1 publié le 7-12-2016  relatives à l'impact des mesures prises par les autorités de santé publique relèvent de l'imposture et sont scientifiquement inacceptables. 

Le Tome 3 d'ores et déjà annoncé pour "fournir des éléments d’aide à la décision aux acteurs de santé publique notamment en contribuant à établir des recommandations relatives aux sur-imprégnations constatées par les pyréthrinoïdes et les PCB" sera-t-il de meilleure facture ?

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Une étude canadienne (en anglais) plus récente et plus vaste concernant les femmes enceintes, publiée le 16-12-2016.
Identification of chemical mixtures to which Canadian pregnant women are exposed: The MIREC Study
20161216_Identification_of_chemical_mixt
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